ENQUÊTE: DIVERSITÉ ET ENTREPRENARIAT: TOUS LES COMMERÇANTS LOGÉS À LA MÊME ENSEIGNE ?

La place de l’entrepreneur étranger ou d’origine étrangère à Bruxelles contribue à renforcer le caractère paradoxal de notre capitale : c’est comme partout ailleurs mais avec ses propres spécificités.

 

La tendance est connue depuis quelques années, le taux d’indépendants en Belgique est en croissance.
Ce que l’on sait moins, c’est que cette tendance est également observée chez les étrangers vivant en Belgique, voire même plus importante. En 2015, 68,5 % des indépendants en Belgique étaient d’origine étrangère. Et au cours de la période 2008-2015, la croissance de la catégorie étrangère a été 3 fois plus forte que celle du groupe d’origine belge.

En Belgique comme ailleurs, la proportion de femmes parmi les indépendants reste néanmoins bien inférieure à celle des hommes. C’est également le cas lorsqu’on regarde ce taux sous le prisme de l’entrepreneuriat issu de la diversité ethnique et culturelle.

 

En ce qui concerne l’âge, l’étude du SPF Economie parue en 2018 révèle que si les indépendants belges sont plutôt âgés, l’indépendant d’origine étrangère est plutôt jeune. En distinguant les étrangers européens des non-européens, ce caractère jeune s’accentue davantage au profit des non-européens.

 

Dans quel type de métier se répartissent indépendants belges et non belges ?
Les chiffres de l’INASTI révèlent qu’à échelle nationale les indépendants belges se trouvent plutôt parmi les professions libérales et intellectuelles, l’agriculture et les métiers de service alors que les non belges se trouvent plutôt dans les métiers de commerce, d’industrie et divers.

 

Près de 40 % des indépendants d’origine étrangère exercent une activité dans le commerce et 26 % d’entre eux dans l’industrie, contre respectivement 30 % et 20 % chez les indépendants d’origine belge. Par contre, 30 % des indépendants d’origine belge exercent une profession libérale et intellectuelle. Pour les indépendants d’origine étrangère, cela tourne autour de 24 %.

 

On peut conclure que c’est en tant qu’indépendants que les primo-arrivants embrassent une carrière professionnelle et qu’ils privilégient le commerce comme secteur d’activité. Ceci est par ailleurs pratiquement vrai autant pour les étrangers d’origine européenne que non-européenne, du moins à l’échelle nationale.

 

Qu’en est-il à Bruxelles ? Avec un taux de 61,6%, les indépendants d’origine étrangère constituent tout simplement la majorité.

 

Les indépendants non belges de première génération forment le groupe le plus important. Ils sont 37,5% alors que les indépendants belges de première génération représentent 13,6 % des bruxellois.
Qu’en est-il des 2ème et 3ème générations ?
La différence constatée concerne plutôt la nature de l’activité. Ainsi, si les primo-arrivants privilégient le statut d’indépendant à titre principal, la deuxième génération sera plutôt constituée d’indépendants après l’âge de la pension tandis que la troisième s’orientera vers le statut d’indépendant à titre complémentaire.

 

Quels sont les facteurs qui incitent les non belges à entreprendre et à s’orienter particulièrement vers le commerce ?
Une étude de l’UCM parue en 2016 évoque la porte d’accès que constitue l’entrepreneuriat pour des personnes peu qualifiées ou âgées.
Ce constat est globalement vrai mais, lorsqu’on s’intéresse aux métiers du commerce, dans lequel le taux de non belges est particulièrement important, il est surprenant d’apprendre que le nombre de commerçants disposant d’un diplôme supérieur ou universitaire est assez important.

 

S’intéressant à la diversité ethnique et culturelle dans le commerce, hub.brussels a fait réaliser une enquête en 2019 portant sur 1.012 commerçants répartis sur l’ensemble de la Région de Bruxelles-Capitale : 38% disposait d’un diplôme d’enseignement supérieur ou universitaire. Ce taux pouvait atteindre 46% dans la catégorie « soin de la personne » en raison de la nécessité de disposer d’un diplôme pour l’exercice de certains métiers tels que pharmacien, agent de voyage ou agent immobilier.

 

D’autres chiffres révélés par cette enquête :
59 nationalités différentes ! Si l’on tient compte du lieu de naissance du gérant interrogé, ce sont 73 pays différents sur un tel échantillon.
– Nationalité des parents : 97 combinaisons de nationalité différentes entre celle du père et de la mère des commerçants interrogés.
– 81% des personnes interrogées avaient un métier avant d’être gérant d’un commerce : on distingue surtout des anciens employés (41%), puis les ouvriers 32% et les indépendants 26%.
– L’anglais est la seconde langue la plus parlée par ces commerçants. Le néerlandais la troisième.

 

Les entrepreneurs étrangers ou d’origine étrangère font-ils face à des difficultés spécifiques en raison de leur condition, telles que la barrière de la langue, de la discrimination ou des obstacles administratifs ?
Pour répondre à cette question hub.brussels a mené une dizaine d’entretiens avec des commerçants issus de la diversité ethnique et culturelle.

 

Les constats sont à peu près similaires à ceux de l’étude de l’UCM :
• Les entrepreneurs issus de la diversité sont majoritairement confrontés aux mêmes freins que les autres.
• La discrimination n’est pas un frein dans leur parcours entrepreneurial.
• Il n’y a pas de sens à développer des outils spécifiques. Qu’ils soient belges ou non belges, les entraves les plus couramment rapportées sont les mêmes :
o Difficulté d’accès au financement
o Le non-recours aux organismes d’aide et d’information

 

Un article de Cassio Lopes, Hub Brussels

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